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Nids-de-poule, chaussées défoncées : une loi pour sortir de l’impasse ?

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Déposée le 13 octobre 2026 à l’Assemblée nationale, une proposition de loi veut faciliter le financement de l’entretien préventif des routes. Une initiative qui cite les travaux de la Ligue de Défense des Conducteurs et pourrait améliorer la sécurité routière tout en réduisant les dépenses publiques.

Nids-de-poule, chaussées fissurées, marquages effacés, accotements instables… : nos routes se dégradent, tandis que les pouvoirs publics privilégient toujours les contrôles et les restrictions de circulation pour améliorer la sécurité routière. Pourtant, leur état est déterminant pour les usagers : dans 30 % des accidents mortels, l’infrastructure apparait en effet comme l’un des facteurs en cause. Si ce pourcentage significatif a été identifié il y a plusieurs années par l’Observatoire national de la sécurité routière, une nouvelle étude de Dekra tout juste publiée confirme l’enjeu majeur de l’entretien des routes, en se concentrant sur le réseau départemental. Selon elle, ces fameuses « RD », qui ne représentent en moyenne que 25 à 30 % des routes sillonnant les départements, concentrent en effet près des deux tiers des personnes qui y perdent la vie. 

Peu de données officielles viennent toutefois confirmer le ressenti des usagers, qui constatent la dégradation des routes au quotidien. Selon l’Observatoire national de la route (ONR), sur les 380000 kilomètres de routes gérées par les seuls départements (sur un réseau total de 1,1 million de kilomètres), près de 40 % du réseau étudié (soit 160 000 km sur les 382 000 km scrutés dans 41 départements) seraient en mauvais état ou nécessiteraient un entretien. On manque toutefois d’audits précis : cette méconnaissance de l’état du réseau départemental était d’ailleurs déjà dénoncée par la Cour des comptes en 2022, ce qui rend difficile, selon l’institution, l’anticipation des travaux et leurs coûts.

Une députée reprend les travaux de la LDC

C’est dans ce contexte qu’Anne-Laure Blin, députée LR de Maine-et-Loire, a enregistré le 13 octobre une proposition de loi, proposition que nous saluons et soutenons.

Son objectif : permettre aux collectivités de financer l’entretien préventif de leurs routes avec leur budget d’investissement, alors que ces dépenses relèvent généralement du fonctionnement. Une distinction comptable qui limite aujourd’hui leur marge de manœuvre, puisque le transfert d’une caisse à une autre est interdit. 

Dans son texte, la députée, que nous avons rencontrée au début de l’été dernier, mentionne explicitement notre plateforme collaborative Activ’Route, que nous avons créée pour simplifier et fluidifier le signalement de zones dangereuses sur la chaussée par les automobilistes, les motards, les cyclistes, les piétons… Une fois le signalement reçu, charge à notre équipe d’identifier le gestionnaire concerné et de le lui faire parvenir et de nous assurer, à terme, de la résolution du problème. La députée se réfère également à notre étude de 2020, « Dégradation des routes en France : il est urgent d’agir ». Appuyée sur des audits publics et des expertises professionnelles, nous préconisions déjà de réaliser un diagnostic national du réseau et de bâtir une politique d’entretien fondée sur la prévention plutôt que sur l’urgence. Dans la foulée de la publication de nos travaux, 35 députés avaient soutenu une demande de commission d’enquête sur l’état des routes.

Réparer avant qu’il ne soit trop tard

Le principe défendu par Anne-Laure Blin et la LDC est simple : mieux vaut traiter une petite fissure que reconstruire une chaussée devenue impraticable. Du bon sens qui se chiffre, puisque selon les estimations d’ingénierie routière citées dans notre étude de 2020, un euro non investi à temps peut entraîner plus de dix euros de dépenses ultérieures. Encore mieux, Anne-Laure Blin estime qu’un entretien préventif généralisé permettrait en plus d’économiser 10 % du coût des travaux, soit 1,4 milliard d’euros sur cinq ans. Une projection qui mérite donc d’être étudiée, particulièrement dans le contexte budgétaire actuel.

S’il était voté, le texte permettrait de mobiliser plus facilement les moyens financiers existants. Une logique qui rejoint une jurisprudence du Conseil d’État de 1992, selon laquelle une dépense augmentant durablement la valeur d’un bien peut être considérée comme un investissement.

Des économies pour tous

L’entretien préventif profite aussi au portefeuille des conducteurs. Une chaussée dégradée accélère l’usure des pneus, des amortisseurs et des suspensions. Elle favorise donc la dispersion de particules fines et peut augmenter la consommation de carburant. Notre étude de 2020 citait ainsi des recherches américaines montrant qu’une hausse d’une unité de l’indice international de rugosité pouvait entraîner 2 à 3 % de consommation supplémentaire. Des travaux espagnols constataient également une baisse des émissions de CO2 après réfection des chaussées. S’y ajoutent les coûts des accidents, des réparations automobiles, des interruptions de circulation ou des fermetures de ponts.

Pour les collectivités, reporter l’entretien revient souvent à transformer une économie immédiate en lourde facture future. Encore faut-il disposer de diagnostics fiables, contrôler la qualité des travaux et garantir leur durabilité.

Une autre politique de sécurité routière ?

La proposition d’Anne-Laure Blin n’est pour l’instant qu’un texte déposé à l’Assemblée nationale. Son calendrier législatif demeure incertain. Elle ouvre néanmoins une perspective intéressante, que nous nous échinons depuis des années à mettre en avant, à la LDC : replacer l’entretien des infrastructures au cœur de la politique de sécurité routière.

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