Radars : l’État prévoit près de 10 000 sulfateuses à PV d’ici à 2031… et compte plus que jamais sur vos amendes

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Les gouvernements passent, les ministres changent, mais il est une constante qui traverse les années avec une remarquable stabilité : la confiance inébranlable de l’État dans les radars automatiques. Dans son « Bilan des amendes forfaitaires délictuelles » publié en avril dernier, la Cour des comptes confirme que, loin de ralentir, la politique de contrôle automatisé va encore s’accélérer. À l’horizon 2031, la France pourrait ainsi compter 9 819 radars en activité. Oui, vous avez bien lu : un enfer de près de 10 000 appareils répartis sur les routes du pays.

Pour mesurer l’ampleur du phénomène, rappelons que le parc actuel compte un peu moins de 5 000 équipements. En six ans, l’État prévoit donc quasiment un doublement du nombre de dispositifs de contrôle.

Une telle progression pose forcément question. Depuis plus de vingt ans, chaque nouveau radar est présenté comme une arme décisive contre l’insécurité routière, chaque nouvelle génération devant permettre de mieux faire respecter les règles et rapprocher la France de son objectif de réduction des accidents.

Mais alors, si tous ces dispositifs fonctionnent si bien, pourquoi le chiffre de la mortalité routière stagne-t-il depuis plusieurs années (comme nous l’avions souligné lors de notre colloque à l’Assemblée nationale en mars 2024) ? Pourquoi faudrait-il encore en installer plusieurs milliers supplémentaires, plutôt que, par exemple, rénover le réseau routier dont le délabrement chronique et accidentogène se remarque partout sur le territoire ?

Les collectivités locales invitées à rejoindre la fête

Cette explosion annoncée du nombre de radars s’explique principalement par l’entrée en scène des collectivités territoriales, grâce à la fameuse loi de décentralisation 3DS. Communes, intercommunalités et départements pourront désormais solliciter l’installation de leurs propres dispositifs de contrôle automatisé. L’État a d’ailleurs commencé à préparer ses outils informatiques et administratifs, afin d’absorber ce futur afflux de procès-verbaux, notamment en automatisant le processus de recouvrement des amendes et des saisies à tiers détenteur, comme cela est mentionné noir sur blanc dans le rapport d’activités 2025 de la Direction générale des finances publiques.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : ces nouveaux radars visent à verbaliser toujours plus.

Naturellement, les pouvoirs publics présentent cette évolution comme une avancée pour la sécurité routière. Personne ne contestera l’intérêt de sécuriser un carrefour dangereux ou un axe accidentogène. Mais lorsque les projections évoquent près de 10 000 appareils, on peine à croire que tous répondront exclusivement à cet objectif.

Recettes miraculeuses

Année après année, les documents budgétaires continuent d’anticiper des recettes massives issues des amendes routières. La Cour des comptes a déjà relevé que les amendes routières avaient dépassé les 2 milliards d’euros de recettes annuelles — un record historique — et les projections financières demeurent particulièrement optimistes. Normal, avec le renfort de quelques milliers de radars supplémentaires à court terme… Que 5 PV-vitesse sur 10 soient le fait de dépassements des limitations de vitesse compris entre 1 et 4 km/h, que 95 % d’entre eux soient inférieurs à 20 km/h, qu’importe puisque ça rapporte ! Qu’importe aussi qu’une étude officielle ait démontré que l’impact des radars automatiques sur la baisse du nombre d’accidents se soit limité aux premières années de leur déploiement, tandis qu’aujourd’hui un meilleur entretien des routes s’avérerait infiniment plus efficace. L’essentiel, c’est que l’argent rentre dans les caisses.

Un système toujours aussi opaque

Autre sujet de préoccupation : la destination réelle de l’argent récolté. Depuis des années, la Cour des comptes reproche à l’État le manque de lisibilité entourant l’utilisation des recettes des amendes routières. Les magistrats financiers soulignent régulièrement qu’il demeure difficile de savoir précisément quelle part de cet argent finance effectivement la sécurité routière.

À la LDC, nous avons déjà mis en lumière ce phénomène à de nombreuses reprises lors de précédentes analyses : derrière l’affichage officiel, les recettes empruntent des circuits budgétaires complexes et financent avant tout bien d’autres dépenses que la seule sécurité routière, qui a décidément bon dos. Bref, la Cour des comptes formule les mêmes critiques année après année, tandis que l’État, lui, continue de promettre davantage de transparence à ceux qui veulent bien le croire.

Toujours plus de radars, toujours plus de recettes ?

En réalité, ces projections que fait la Cours des comptes pour 2031 résument parfaitement l’ambiguïté de la politique actuelle. Les autorités expliquent vouloir réduire les infractions tout en préparant l’arrivée de près de 5 000 radars supplémentaires.

Les amendes qui sont présentées comme un outil de prévention sont en réalité intégrées comme une ressource budgétaire durable. Et lorsque les résultats sont inférieurs aux prévisions, la Cour des comptes tape sur les doigts de l’État.

Une chose est certaine : si les projections de la Cour des comptes se réalisent, à l’horizon 2031, les automobilistes français évolueront dans un environnement routier plus surveillé que jamais. Plus que jamais, il est urgent que vous signiez notre pétition « Stop aux radars », et que vous la fassiez tourner autour de vous. Merci pour votre soutien !

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