Le 80 km/h ne fait plus souvent la Une de l’actualité, mais si vous pensiez que le débat était clos et le sujet enterré, il n’en est rien. Depuis que les départements sont autorisés à relever la vitesse à 90 km/h sur leur réseau routier, la Ligue de Défense des Conducteurs a mis en place un observatoire national du « retournement de situation » : il ne se passe pas un trimestre sans qu’une annonce officielle ne vienne enrichir la liste de ceux qui doutent de voir cette mesure améliorer la sécurité routière. Un putsch silencieux qui atteint aujourd’hui une étape décisive : avec 52 départements repassés à 90 km/h sur tout ou partie de leur réseau, la France métropolitaine est redevenue majoritairement « pro-90 ».
La promulgation de la loi LOM (loi d’orientation des mobilités), fin décembre 2019, autorise les départements à relever à 90 km/h la limitation de vitesse sur les tronçons passés à 80 km/h le 1er juillet 2018. Et malgré les recommandations draconiennes de la Sécurité routière*, les présidents de département qui se prononcent pour un retour à 90 km/h sont sans cesse plus nombreux. Mieux, ils sont désormais majoritaires dans le pays.
En ce début 2026, c’est l’Eure qui effectue son retour à 90 km/h sur les 4 200 kilomètres de son réseau secondaire. « Le 80 km/h, ça ne marche pas », considère en effet Alexandre Rassaërt, président du Conseil départemental. Une véritable volte-face, puisque la mise en place du 80 en 2018, le département normand n’avait pas retouché à ses panneaux de signalisation. Mi-février, c’est au tour du département du Gers de déployer de nouveaux panneaux « 90 » sur 220 kilomètres, qui viennent s’ajouter aux 350 km dont la vitesse a déjà été rehaussée. Soit 16 % de son réseau secondaire.
Malheureusement, contrairement aux informations qui avaient circulé début 2024, le Gard a confirmé qu’il renonçait à rehausser la limitation de vitesse. Espérons que ce département reviendra sur sa décision, à mesure que d’autres en arrivent à la conclusion que cette mesure n’est pas probante. Comme le Morbihan qui, en juin 2025, a rehaussé la vitesse sur 9 % de son réseau (soit 344 kilomètres).
Désormais, nous avons donc largement dépassé les 50 départements qui tournent le dos au 80 km/h et renouent avec le 90 km/h sur tout ou partie de leur réseau. Une vitesse à laquelle on peut à nouveau circuler sur un total de près de 61 000 kilomètres… Gageons que la situation continuera à évoluer, maintenant que l’Eure a rejoint les 7 départements pionniers ayant adopté le retour à 90 km/h sur 100 % de leur réseau routier respectif.
Si les multiples changements successifs de la vitesse maximale autorisée restent la norme sur les routes françaises, la situation continue donc d’évoluer, et dans le bon sens. C’est pourquoi la Ligue de Défense des Conducteurs met régulièrement à jour sa carte des départements ayant repassé tout ou partie de leur réseau à 90 km/h.
Voici la liste des 60 685 kilomètres de routes qui reviennent à 90 km/h dans 52 départements :

Vous le voyez, le cap des 61 000 kilomètres repassés à 90 km/h est près d’être franchi. La Ligue de Défense des Conducteurs salue ici les efforts de tous ces départements et encourage ceux qui hésitent encore, tout en amplifiant la mobilisation pour obtenir un véritable retrait du 80 km/h. N’hésitez pas à y inciter vos propres élus, notamment en leur faisant parvenir notre guide juridique pour aider les présidents de département à se décider en faveur du 90, disponible ici.
Vous pouvez aussi les inciter à lire les entretiens particulièrement pertinents que deux des présidents de département qui ont repassé 100 % de leurs routes à 90 km/h nous ont accordés :
– Olivier Amrane, président de l’Ardèche : « En Ardèche, ce n’est pas Paris qui décide«
– Claude Riboulet, président de l’Allier : « Quelle que soit la vitesse à laquelle les accidents arrivent, tous restent mon problème«
*Rappel : les tronçons proposés devraient avoir une longueur de plus de 10 km, sans intersection, sans arrêts de transport en commun ou traversée de hameaux ni circulation d’engins agricoles ; des séparateurs centraux devraient être installés sur ces tronçons ; des « zones de récupération » de 2 m de large ainsi que des « zones de sécurité » de 4 m de large devraient être aménagés ; un système de contrôle automatisé devrait être mis en œuvre, impliquant une nouvelle multiplication des radars…
L’expérimentation du 80 km/h a pris fin le 30 juin 2020 et le rapport final d’évaluation a été publié courant juillet 2020. Avec des résultats biaisés, évidemment… Retrouvez l’analyse de la Ligue de Défense des Conducteurs ici.
Par ailleurs, notre association, qui a mis la main sur un rapport embarrassant au gouvernement en 2021, a pu démontrer l’impossibilité de démontrer l’efficacité de cet abaissement de la vitesse sur la mortalité routière. Une preuve par A + B à lire ici.
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