En matière de voitures-radars, tous les automobilistes ne sont pas tous logés à la même enseigne. Selon le département où vous roulez, vos chances de croiser l’une de ces voitures banalisées chargées de contrôler votre vitesse peuvent passer du simple… à près de seize fois plus.
Outre montrer le peu de fiabilité de ce dispositif, le gigantesque jeu de données publié par le ministère de l’Intérieur permet désormais de mesurer assez précisément l’activité des voitures radar privées. Pour l’année 2024, 9 636 039 contrôles ont été enregistrés par les voitures-radars dont la conduite est externalisée, pour 3,6 millions excès de vitesse constatés et 739 000 avis de contravention envoyés.
Attention toutefois avant de préparer vos itinéraires en fonction de notre classement : il ne s’agit pas d’une probabilité mathématique individuelle d’être contrôlé. Le nombre de relevés dépend à la fois de l’activité des voitures-radars, des itinéraires décidés par les préfets et évidemment du trafic rencontré. Le ministère précise d’ailleurs que ces véhicules circulent selon des trajets et plages horaires déterminés, soit disant en fonction notamment de l’accidentalité locale. Par ailleurs, en 2024 — dernière année pour laquelle des données sont actuellement disponibles — le dispositif externalisé ne concernait que huit régions métropolitaines. Cela posé, les écarts sont suffisamment spectaculaires pour dresser un petit palmarès !
Médaille d’or du contrôle : le Nord
Si vous aimez conduire dans le Nord, sachez que vous y roulez en bonne compagnie. En 2024, les voitures-radars privées y ont en effet réalisé pas moins de 515 442 contrôles. Avec ce demi-million de voitures contrôlées, le département décroche ainsi, et assez nettement, la médaille d’or nationale.
Fait intéressant, ces 515 442 mesures n’ont débouché « que » sur 35 091 excès, soit environ 6,8 % des contrôles. Autrement dit, les voitures-radars y travaillent énormément, mais les automobilistes nordistes ne leur facilitent pas forcément la tâche en respectant globalement assez bien les consignes de vitesses maximums autorisées.
La Seine-Maritime, elle, est deuxième mais très rentable avec 378 686 contrôles en 2024. Un volume inférieur de près de 137 000 relevés à celui du Nord, mais qui reste considérable.
Et nous allons le voir, la Seine-Maritime possède une autre spécialité : transformer assez efficacement ces contrôles en infractions. Sur les 378 686 véhicules mesurés, 41 165 ont été relevés en excès de vitesse, soit environ 10,9 %. Ce département n’est donc « que » vice-champion du contrôle, mais il saura prendre sa revanche un peu plus loin.
Le Pas-de-Calais complète le podium avec 354 443 contrôles et se trouve talonné par l’Eure, qui en compte 339 351. Les voitures-radars y ont détecté 30 153 excès, soit environ 8,5 % des contrôles.
Le podium du zèle automobile est donc intégralement septentrional : Nord, Seine-Maritime et Pas-de-Calais. Pour qui aurait la curieuse ambition de maximiser ses chances de croiser une berline banalisée équipée d’un radar, voilà déjà quelques destinations de choix.
Mais si vous voulez la paix, direction la Creuse. À l’autre bout du classement, la Creuse offre en effet une atmosphère nettement plus reposante. En 2024, les voitures-radars n’y ont effectué « que » 32 381 contrôles — soit presque 16 fois moins que dans le Nord — et elles y ont relevé 2 189 excès de vitesse.
Même l’Indre, autre département particulièrement tranquille dans notre classement, atteint déjà 44 292 contrôles.
La Creuse peut donc ajouter un nouvel argument à ses paysages, son patrimoine et ses petites routes : statistiquement, c’est aussi l’endroit où les voitures-radars privées se sont montrées les plus discrètes parmi les départements couverts en 2024.
Le championnat des infractions
Si maintenant on change de critère, le classement s’en trouve bouleversé. Cette fois, on va donc s’intéresser au nombre d’excès de vitesse effectivement constatés. Et à ce jeu, le vainqueur est… la Seine-Maritime, avec 41 165 excès. Notre médaille d’argent du classement précédent monte ici sur la plus haute marche. Les voitures-radars y contrôlent beaucoup et, manifestement, elles ne rentrent pas souvent bredouilles. Mais la victoire se joue dans un mouchoir de poche.
Car juste derrière arrive l’Eure, avec 41 032 excès de vitesse. Seulement 133 infractions séparent donc les deux départements normands. L’Eure mérite d’ailleurs une mention particulière : avec 339 351 contrôles, elle affiche un taux d’excès d’environ 12,1 %, supérieur à celui de la Seine-Maritime.
La Normandie remporte donc sans difficulté le trophée collectif.
Pour la troisième place, direction la Somme, où 37 895 excès de vitesse ont été enregistrés en 2024. Un résultat finalement assez « remarquable » : la Somme n’a enregistré « que » 264 153 contrôles, sensiblement moins que les trois champions du nombre de contrôles. Mais environ 14,3 % d’entre eux se sont soldés par un excès. C’est beaucoup. L’Oise échoue ici au pied du podium pour seulement 66 infractions, avec 37 829 excès sur 294 745 contrôles.
Au passage, le Nord illustre parfaitement pourquoi les deux classements sont différents : malgré son écrasante première place avec plus de 515 000 contrôles, ses 35 091 excès ne lui suffisent même pas à monter sur le podium des infractions.
Les Creusois gâchent une nouvelle fois la fête
Car, oui, la lanterne rouge est à nouveau… la Creuse. Avec seulement 2 189 excès constatés, ce département ferme également la marche du classement des infractions par département. Sur ses 32 381 contrôles, environ 6,8 % ont révélé un excès de vitesse. À titre de comparaison, la Seine-Maritime en compte près de 19 fois plus.
Au final, ces chiffres rappellent surtout l’activité extrêmement inégale de ces dispositifs mobiles selon les territoires. Dans certains départements, elles brassent plusieurs centaines de milliers de véhicules par an ; dans d’autres, leur présence reste beaucoup plus discrète.
Si vous roulez dans le Nord, en Seine-Maritime ou dans le Pas-de-Calais, plus qu’ailleurs gardez donc l’œil ouvert et le pied léger.

