Inefficaces et inutiles : les chiffres officiels qui prouvent que les voitures-radars privatisées doivent disparaître

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Entre des conducteurs fliqués incognito victimes d’un système de répression automatisée qui ne les avertit même pas de leurs infractions et des salariés d’entreprises privées qui ne croient plus en leur mission de sécurité routière, décidément les voitures-radars privatisées sont une grande réussite ! Humour noir mis à part, nous avons récupéré, à la LDC, des chiffres officiels qui démontrent l’inefficacité et l’inutilité de ce dispositif. Une seule conclusion radicale s’impose : sa suppression pure et simple.

Pas loin de 8 PV sur 10 retoqués. C’est l’incroyable résultat du calcul que nous avons obtenu grâce aux chiffres publiés par la Sécurité routière et le ministère de l’Intérieur pour l’année 2024, concernant les voitures-radars privatisées. Ce que nous, nous comprenons : nous payons des entreprises privées, à qui l’État a délégué le fonctionnement de ce dispositif, pour qu’ensemble ils s’engraissent sur notre dos sans que de toute façon, la sécurité routière ne soit gagnante, à aucun moment !

Petit retour dans le passé. En 2017, dévoilant les premières voitures-radars dont la conduite allait être assurée par des salariés d’entreprises privées – une innovation 100 % française entérinée deux ans plus tôt –, Emmanuel Barbe, alors délégué interministériel à la Sécurité routière, se félicite : « Cette réforme permettra […] de libérer du temps de travail pour les forces de l’ordre (équivalant à 400 emplois temps plein), qu’elles consacreront à des tâches mieux en rapport avec leur qualification au profit de la lutte contre l’insécurité routière, comme la recherche des conduites en état d’ivresse ou après prise de stupéfiants, la lutte contre la délinquance et la protection de la population ».

Les promesses s’engagent que ceux qui les croient et déjà à l’époque, la LDC s’était insurgée contre cette nouvelle étape dans la répression routière aveugle et automatisée. La suite nous a donné raison. Non seulement le déploiement progressif des voitures-radars privatisées, démarré en 2018 en Normandie et quasi bouclé aujourd’hui (seules l’Île-de-France et la Corse sont épargnées) n’a pas permis de renforcer les contrôles sur les bords des routes par les forces de l’ordre, mais en plus, 79 % des infractions constatées en 2024 ont fini au rebut, ne donnant lieu à aucune ouverture de dossier d’infraction !

La sécurité routière, une justification de façade

On vous raconte ce fiasco. D’abord, les 400 « emplois temps plein » soi-disant détachés de la conduite de voitures-radars, pour renforcer la sécurité routière sur le terrain. En 2017, année qui a donc précédé leur mise en place, on comptait 10,1 millions de contrôles d’alcoolémie. En 2023, 7,9 millions… et 8,4 millions en 2024. Certes, dans le même temps, les dépistages de stupéfiants ont augmenté sensiblement (de 233 000 en 2017 à 1,08 million en 2024), mais rappelons que ce n’est qu’en 2016 que les contrôles salivaires ont été simplifiés et généralisés, permettant des dépistages beaucoup plus fréquents directement au bord de la route. Quoi qu’il en soit, si l’on additionne l’ensemble des contrôles drogue et alcool (9,28 millions), on reste tout de même en 2024 à un nombre inférieur à 2017. Disons que ce n’était pas comme ça qu’on imaginait, à la LDC, le renforcement de « la recherche des conduites en état d’ivresse ou après prise de stupéfiants ».

Un incroyable taux de rebut des flashs

Selon la Sécurité routière, en 2024, près de 740 000 avis de contraventions (ACO, dans le jargon administratif) liés aux contrôles ont été effectués par les voitures-radars privatisées. En valeur absolue et sans référence, ce chiffre pris seul laisse volontiers imaginer un système répressif « efficace ». D’ailleurs, le commentant, la presse se contente surtout de noter qu’il est en baisse par rapport à 2023, certains médias expliquant les raisons de l’écart en partie par « le calendrier de déploiement » et « les interruptions de service ». Tout irait donc pour le mieux sur les routes de la répression routière.

Sauf que : début 2020, le ministère de l’Intérieur expliquait qu’entre janvier et octobre de l’année précédente, alors que seules 6 % des voitures-radars étaient conduites par des chauffeurs privés, 1 013 320 messages d’infractions avaient donné lieu à 733 634 avis de contraventions. En clair, au cours de ces dix premiers mois de 2019, 7 flashes sur 10 était transformés en PV. Or, en 2024, avec 60 voitures-radars privatisées opérationnelles, « seuls » 740 000 PV ont été dressés. Alors qu’elles ont déclenché 3,5 millions de flashs ! Autrement dit, quasiment 8 infractions constatées sur 10 n’ont jamais donné lieu à l’ouverture d’un dossier d’infraction (ou DIF, dans le jargon). Plus précisément, un taux de rebut de 79 %.

La comparaison avec le taux de rebut 2024 des radars fixes – 26,4 %, soit trois fois moins, selon les chiffres publiés par l’ANTAI dans son rapport d’activités 2024 – devrait a minima appeler le ministère de l’Intérieur à se poser des questions sur l’efficacité de cette délégation des machines à PV à des opérateurs privés. Soyons cyniques : ce taux d’échec, avec un PV moyen que nous évaluons à 62 euros, représente environ 120 millions d’euros que l’État n’a pas perçus en 2024…

Confronté à ces chiffres et malgré plusieurs relances par mails et téléphones de notre part, le ministère de l’Intérieur s’est refusé à nous fournir la moindre explication. À la LDC, nous exigeons de pouvoir comprendre comment, en phase de lancement du dispositif, 6 % des voitures-radars en Normandie, « modeste » zone test, ont pu flasher 1 million de fois en dix mois, tandis que quatre ans plus tard, 55 % de ces mêmes voitures-radars (soit 60 véhicules sur 110, les 50 autres restant entre les mains des forces de l’ordre pour le moment, sachant qu’à terme, l’État espère bien faire circuler entre 400 et 450 voitures à conduite « déléguée ») n’émettent plus « que » 3,5 millions de flashes en 12 mois, pour un nombre d’émission de PV… quasiment identique.

En l’état actuel du dossier, nous ne sommes qu’en mesure de formuler des hypothèses. Se peut-il que le matériel soit devenu subitement défaillant ? La première phase de déploiement a-t-elle été conduite avec plus d’attention que celles qui ont suivi ? Les chiffres des premières vagues de 2018 et 2019 avancés par le ministère de l’Intérieur étaient-ils sincères ?

Ce qui est sûr, c’est que le potentiel de rentabilité des voitures-radars privatisées est immense. À la LDC, nous estimons que le bénéfice net peut atteindre 697 000 euros par véhicule et par an. L’autre scandale, c’est qu’avec ce dispositif la vraie grande perdante est la sécurité routière. Et nous ne sommes pas les seuls à le dire : nous avons recueilli le témoignage du chauffeur de l’un de ces véhicules, et ses propos sont presque plus virulents que les nôtres.

Notre exigence est simple : il faut supprimer les voitures-radars privatisées. Si vous êtes convaincus vous aussi, signez notre pétition !

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