« Le bon conducteur, c’est celui qui fait preuve de vigilance et d’attention envers les autres »

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Lors du colloque organisé par la LDC à l’Assemblée nationale en 2024, Patrice Bessone, Président national de Mobilians Éducation a déploré le retard pris par la France en matière de pédagogie pour apprendre à conduire et propose de nombreuses pistes de progrès. Ses propos sont à découvrir ci-dessous. 

Parlons des jeunes, parlons de leur formation, parlons partage des routes. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Dans “auto-école”, le mot le plus important c’est école. Une école avec des enseignements de la conduite. La seule vérité, tout au moins actuelle, sur le problème lié aux jeunes, moins jeunes, aux seniors, à la vétusté des véhicules, c’est le pouvoir d’achat. Le problème s’arrête là. C’est-à-dire que l’on a dégradé la sécurité routière, l’infrastructure, et le reste car nous ne sommes plus dans un pays riche. 

Combien coûte l’insécurité routière par an ? 

Cette année, c’est 50 milliards d’euros. Cinquante milliards, c’est l’enveloppe la plus resserrée. Si on prend, en plus, des jeunes ou des moins jeunes qui ne peuvent plus produire, parce qu’ils sont paraplégiques, tétraplégiques ou morts, c’est 100 milliards d’euros par an. Donc, je pense que déjà il y a de l’économie à faire. 

Comment ? Comme dans une école, comme à l’éducation nationale, comme ailleurs, il faut monter en compétence. Tout ce qu’on a expliqué sur le coercitif, ça ne marchera jamais. Il faut expliquer ce que c’est le risque. Il faut pouvoir être pédagogue avec ça, faire de la psychologie du risque. 

On ne se tue plus parce qu’on s’est loupé entre le frein et l’accélérateur. Ce qui tue, c’est la non-compréhension de la prise de risque, comment elle arrive et de quelle manière elle arrive. Un accident n’arrive pas par hasard, il se déconstruit. Cela se fait en face à face, de manière pédagogique et avec des débats.

Quelles solutions proposez-vous ? 

Ce qui nous intéresse, nous, c’est comment déconstruire la prise de risque dans le cerveau des jeunes. Comment pouvoir amener le schéma nécessaire pour que le jeune sache jusqu’où il peut mettre le curseur. En Europe du Nord par exemple, ils ont tout compris. Après le passage du permis, le jeune n’est pas lâché directement. Au bout de trois mois, il revient en école de conduite faire ces fameux cours que l’on appelle la psychologie du risque. On peut faire des échanges à plusieurs groupes, des simulations. Trois mois après, ils reviennent à nouveau, refont un bilan et les derniers six mois, on vérifie l’accidentalité. S’il y en a, ils reviennent faire des cours et ensuite il y a le permis définitif. Ils sont au top niveau, ce sont les premiers à chaque fois : Suède, Finlande, Danemark, Autriche, Allemagne. Même les Belges sont passés devant nous. Pendant ce temps, nous, on dégrade. On ne croit pas à la sécurité routière. Quand j’explique cela au ministère de l’Intérieur, en disant c’est ça qu’il faut mettre en place, c’est ce suivi, c’est sauver des vies.

Dans la formation, ne pourrait-on pas organiser des moments sur circuit, par exemple ? Ne pourrait-on pas mettre les jeunes dans des situations de danger pour qu’ils comprennent réellement ce que c’est, sans risque bien entendu ?

En formation, de plus en plus, nous avons des simulateurs. On a des simulateurs en formation car on travaille sur ce que l’on appelle des états dégradés du système : le système homme-véhicule-infrastructure. On dispose de simulateurs avec des scénarios intéressants. Notre objectif est d’ailleurs de reproduire ce que font les pilotes de ligne. Eux ne s’entraînent pas à crasher l’avion sur un circuit. En revanche, ils utilisent des simulateurs où, en quelques heures, ils sont confrontés à toutes les situations critiques qu’ils pourraient rencontrer dans leur carrière de pilote, même celles qu’ils ne vivront peut-être jamais. Notre ambition est de développer des programmes qui présentent toutes les éventualités, même celles auxquelles un conducteur ne sera jamais confronté. C’est cela qui nous intéresse. 

Selon vous, qu’est ce qu’un bon conducteur ? 

L’ONU a défini ce qu’est un bon conducteur : quelqu’un qui a enregistré mentalement les situations les plus improbables. Le bon conducteur, c’est celui qui fait preuve de vigilance et d’attention envers les autres. Si nous parvenons à mettre en place un tel programme, cela pourrait changer la donne. 

Aujourd’hui, si nous voulons atteindre zéro mort, pas zéro accident, nous comptons beaucoup sur la voiture intelligente qui freine à notre place, etc. Nous comptons également beaucoup sur l’infrastructure intelligente, c’est-à-dire sur la capacité à envoyer des informations avant que le danger ne survienne. Pour cela, il faudra améliorer l’enseignement de la conduite. Si aujourd’hui nous sommes limités par le pouvoir d’achat, nous devrons trouver un financement pour progresser correctement en compétence.

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