Un dispositif de « sécurité routière » qui promet de devenir une machine à cash, au mépris des conducteurs et de ceux qui les contrôlent. C’est le constat accablant dressé par la Ligue de Défense des Conducteurs (LDC) dans une enquête inédite, nourrie par le témoignage d’un ancien chauffeur de voiture-radar privatisée. Sous couvert d’anonymat, ce dernier a accepté de lever le voile sur les dérives d’un dispositif où la sécurité routière n’est qu’un alibi, et où les salariés paient le prix fort – littéralement.
Dominique (le prénom a été modifié) a tout quitté après quelques mois seulement derrière le volant d’une voiture-radar privatisée. Son récit, recueilli par la LDC, révèle un monde où l’absurdité le dispute à l’exploitation. « Pendant ma formation, la sécurité routière n’a même pas été effleurée », confie-t-il. Pourtant, ces 450 véhicules banalisés, appelés à être entièrement confiés à des sociétés privées (actuellement, elles sont deux à se partager le gâteau : Mobiom ou Oviance), sont censés réduire les accidents. La réalité ? Une course effrénée aux kilomètres, avec des objectifs quotidiens de 400 km à tenir coûte que coûte.
Des conditions de travail indignes
Les témoignages de Dominique glacent le sang :
- Des horaires chaotiques : « Une semaine en matinée, la suivante de nuit. Quand j’ai dit que je n’en pouvais plus, on m’a répondu que mon corps s’habituerait… »
- Un quota de kilomètres intenable : Pour toucher une prime de 300 €, les chauffeurs doivent boucler 90 % de leurs 400 km quotidiens. Résultat ? Des allers-retours inutiles sur les mêmes tronçons (« on ratisse »), des pauses inexistantes, et une pression permanente.
- Des frais à avancer : « Si la carte de paiement ne fonctionne pas pour le plein, c’est à nous de régler. Un collègue n’a jamais été remboursé. »
- Un environnement dégradant : Dans certains garages, les toilettes n’ont pas de porte, et une caméra – officiellement destinée à surveiller les véhicules – donne l’impression d’être filmé. « Pas d’abattant, pas de papier toilette fourni, et le lavabo crache de l’eau à haute pression… pour laver les voitures », dénonce notre témoin.
Un métier sans sens
« Je pensais que ces radars feraient ralentir les gens. Mais en réalité, c’est juste une chasse aux PV », résume Dominique. Pire : les chauffeurs, méprisés par les usagers et leur hiérarchie, sont livrés à eux-mêmes. Interrogé sur le matériel transporté (câbles, boîtiers mystérieux), il avoue : « On nous dissuade de poser des questions. Je ne sais même pas si je suis filmé en conduisant. »
Sécurité routière : l’illusion en chiffres
La LDC a croisé les données officielles pour évaluer la rentabilité scandaleuse de ce système :
- 740 000 contraventions dressées en 2024 par les 60 voitures-radars privatisées alors en circulation (source : Bilan des infractions au Code de la route 2024).
- 62 € en moyenne par PV-vitesse (estimation basée sur la répartition des amendes liées à la vitesse minorées/forfaitaires/majorées).
- 46 millions d’euros de recettes annuelles pour ces 60 véhicules… soit 765 000 € par voiture et par an.
Coût pour l’État ? À peine 68 000 € par véhicule (moyenne calculée à partir des marchés publics attribués à Mobiom et Oviance).
Bilan : 697 000 € de bénéfice net par voiture et par an – une manne qui pourrait atteindre 313 millions d’euros si les 450 voitures prévues étaient toutes externalisées.
Un système à supprimer d’urgence
Pour la LDC, le constat est sans appel :
- Aucun impact sur la sécurité : Les voitures-radars banalisées ne préviennent pas les excès de vitesse (pas de flash visible, pas d’avertissement). En juin 2023, l’une d’elles a même percuté violemment un véhicule, blessant ses occupants.
- Des risques accrus : Avec des journées pouvant atteindre 10 heures d’astreinte, des véhicules vétustes et des conditions météo parfois extrêmes, les chauffeurs peuvent aussi devenir eux-mêmes des dangers publics.
- Une opacité totale : Les contrôles de l’État se limitent… à vérifier que les kilomètres sont bien parcourus.
Du point de vue de la LDC, l’État a tout bonnement créé un monstre. Sous prétexte de sécurité, il a externalisé la répression à des entreprises dont la seule préoccupation est le profit. Pendant ce temps, les salariés triment dans des conditions indignes, et les automobilistes paient – au sens propre comme au figuré. Face à ce scandale humain et financier, la Ligue de Défense des Conducteurs relance sa pétition « Stop aux voitures-radars privatisées ». Objectif : exiger l’arrêt pur et simple de ce dispositif, inefficace, coûteux et déshumanisant.
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