Taxes sur l’E85  : quand l’État propose une mesure… qui lui aurait coûté cher

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Dans son projet de loi de finances 2026, l’État voulait augmenter drastiquement les taxes sur les biocarburants… qu’il entendait dans le même temps utiliser à grande échelle pour son parc automobile. Vous avez dit schizophrénie ?

Avant tout, sachez que les amendements demandant la suppression de la hausse de la fiscalité applicable aux biocarburants d’origine agricole (notamment le superéthanol-E85) ont été adoptés ce matin, mardi 21 octobre 2025. Le problème est donc a priori réglé.

Mais nous n’avons pas résisté à l’envie de montrer à quel point cette augmentation – 50 centimes par litre d’E85 était la somme envisagée, soit un passage de 0,75 €/litre à 1,25 €/litre –, arrivait comme un cheveu sur la soupe. En effet, l’État vient de finaliser une commande publique pour convertir à l’E85 un total 40 200 véhicules du parc des forces de sécurité intérieure (police nationale et de la gendarmerie) roulant jusqu’à présent au super sans-plomb… Objectifs initiaux : moins émettre de CO2 (on considère que du puits à la roue, les émissions issues de l’E85 sont 65 à 70 % inférieures à celles du sans-plomb 95)… et faire des économies.

Sauf qu’avec cette augmentation, envolées les économies ! Au contraire, il aurait fallu parler de dépenses supplémentaires…

Démonstration.

Partons des hypothèses suivantes : le prix du SP95 vaut actuellement environ 1,75 €/litre, tandis que celui de l’E85 est donc d’environ 0,75 €/litre. La pose d’un boîtier de conversion à l’E85 vaut en moyenne 1 000 euros par véhicule et une voiture qui roule avec ce carburant consomme autour de 30 % de plus que celle qui utilise du SP95 (exemple : une consommation moyenne de 7 litres/100 km en SP95 peut ainsi se traduire par environ 10 l/100 km d’E85).

Avec un écart autour de 1 €/litre à la pompe, la surconsommation engendrée par la combustion d’E85 en lieu et place du SP95 est largement couverte et l’automobiliste réalise une économie d’environ 55 % sur son poste carburant.

Ceci étant posé, revenons aux 40 200 véhicules du parc automobile des policiers et des gendarmes qui vont être convertis à l’E85. On estime leur kilométrage moyen annuel à 25 000. Dans cette hypothèse, la facture par véhicule s’élève actuellement à environ 2 975 € de sans-plomb 95 par an (1 750 litres x 1,70 €).

Avec de l’E85 à 0,75 €/litre, la somme atteindrait alors 1 706 € (2 275 litres x 0,75 €), soit une économie avant amortissement et entretien de plus de 990 € par véhicule. En soustrayant 200 € d’amortissement ainsi qu’un surcoût d’entretien d’environ 75 €, on arrive quand même à 715 € d’économies par voiture. Multipliez cela par 40 200 voitures, cela représente 28,7 millions d’euros ! Une goutte dans l’océan de la dette publique, mais c’est toujours ça de « non dépensé ».

Maintenant, envisageons comme le gouvernement le proposait, dans son projet de loi de finances 2026, un prix de 1,25 €/l pour l’E85, au lieu des 75 centimes par litre actuels. La facture aurait alors bondi à 2 843 € par an et par véhicule, auxquels il aurait donc fallu ajouter les 200 € annuels d’amortissement et le surcoût d’entretien de 75 €. On arrive alors à 3 118 €, soit 143 € de plus (près de 5 %) qu’en roulant au SP95. Multiplié par 40 200, l’État se serait retrouvé à finalement débourser… 5,7 millions d’euros de plus. C’est n’importe quoi !

Après une phase de test de deux ans conduite en région PACA sur une trentaine de véhicules de la gendarmerie, l’État avait judicieusement conclu à la pertinence économique d’une conversion massive à l’E85 de son parc automobile. Mais avec son projet de surtaxation de l’E85, ce même État s’apprêtait finalement et sans honte à imposer à ses administrations d’annihiler cet effort pour dépenser plus. À vos frais bien sûr ! Heureusement, encore une fois, que cette fumeuse idée a été enterrée…

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