Radars locaux : une déferlante de PV à venir

Déjà omniprésents, les radars ? Vous n’avez encore rien vu. Une nouvelle loi autorise désormais les collectivités locales à en installer à volonté sur leurs routes et dans leurs rues. Combien de centaines, combien de milliers ? On l’ignore encore. Ce qu’on sait en revanche, c’est que les caisses sont vides. Et que les PV, c’est un bon moyen de les remplir.

Dès que nous avons pris connaissance du projet de loi de décentralisation « 3 DS » courant 2021, à la Ligue de Défense des Conducteurs, nous vous avons alertés sur la probabilité de multiplication des radars installés par les collectivités, discrètement annoncé par l’un de ses articles. Aujourd’hui, malgré votre mobilisation, la loi a été adoptée et le décret publié. Les régions et départements pourraient donc se laisser séduire par cette promesse de recettes faciles mais ce sont avant tout les villes, en proie aux plus grandes difficultés financières, qui risquent d'être les plus tentées. Certains maires n’ont même pas attendu l’application du décret pour installer ces appareils, comme vous le verrez plus bas.

Plus petits par leur taille (les boîtiers sont deux fois moins hauts que ceux des radars tourelles) mais plus grands par leurs possibilités techniques, ces engins sont homologués pour contrôler automatiquement les excès de vitesse et les franchissements de feu rouge, en attendant d’autres fonctionnalités plus étendues.

Entendons-nous bien : brûler les feux rouges aux carrefours, c’est dégrader la sécurité routière. Dépasser la limitation aux abords des écoles c’est dangereux. S’assurer que ces règles sont respectées dans ces circonstances est légitime. Mais d’expérience, on sait déjà que les radars « nationaux » s’écartent trop souvent des zones accidentogènes, pour sévir là où ils s’avèrent les plus lucratifs. Quitte à s’installer sur une belle ligne droite, sans obstacles latéraux, avec une excellente visibilité et où aucun accident grave ne s’est jamais produit. Pour leurs petits frères qui vont croître et se multiplier par la volonté des collectivités locales, pourquoi serait-ce différent ?

En effet, les mairies pourront placer où elles l’entendent leurs radars urbains, après avoir soumis à la préfecture un simple « rapport de présentation dans lequel sont exposées les finalités du projet ». Pour l’heure, seules les zones limitées à 50 km/h sont concernées. Mais rien n’empêchera un élu de placer ces radars où il le souhaite et de réduire ensuite la limitation à 30 km/h. Le jackpot est assuré. Une perspective d’autant plus scandaleuse que l’invasion des radars en ville, sous prétexte d’amélioration de la sécurité routière, piège les conducteurs dans une spirale de vigilance excessive : leur attention est retenue par leur compteur de vitesse, alors qu’elle devrait se concentrer sur les obstacles potentiels (vélos, passants…) Le risque d’accident est donc accru.

Cela n’empêche pas ces radars locaux de se déployer rapidement sur le territoire français. D'après L'Argus.fr, début 2024, plus de 200 appareils étaient déjà opérationnels, et les priorités de certaines villes et de certains départements sont claires : à Toulouse, 4 des 5 nouveaux radars ciblent la vitesse, contre 1 seul pour le franchissement de feu rouge. Le Doubs, décidément très enthousiaste, en compte 24, dont 19 pour la vitesse. Derrière cette « politique de sécurité routière », attendons-nous à ce que les élus profitent de cette nouvelle manne pour remplir leurs caisses… « en vitesse ».

Ne laissons pas cette tendance s’imposer. Ne laissons pas des milliers de nouveaux radars envahir nos rues et nos routes. C’est pourquoi nous vous demandons de signer et partager la pétition « Stop à la prolifération des radars en ville » qui compte déjà plus de 75 000 signatures. Cependant, nous avons encore besoin de mobiliser des milliers de personnes. Plus nous serons nombreux, plus nous aurons de chances de dissuader les élus locaux de recourir systématiquement à ces engins. Notre unique objectif : obtenir l’abrogation de cette disposition autorisant les collectivités à installer leurs propres radars. Aidez-nous !