C’est en catimini que la Métropole du Grand Paris a mené une consultation publique, à l’automne 2024, pour connaître l’avis des citoyens sur sa Zone à faibles émissions. Les résultats ont été publiés depuis, dans le même esprit de discrétion absolue. Logique, l’infime partie de la population qui a répondu au questionnaire (notamment informée par la LDC) rejette en bloc cette mesure injuste de restriction de circulation. Pas de quoi pavoiser ! D’ailleurs, la métropole a décidé unilatéralement que les avis exprimés ne sont pas représentatifs.
Une consultation « publique » à laquelle répond 0,03 % de la population interrogée, voilà un franc succès. Dont ne s’est d’ailleurs pas vantée la Métropole du Grand Paris, initiatrice de ce sondage diligenté du 19 septembre au 14 octobre 2024 et qui concernait pourtant… 5,6 millions d’habitants. Il s’agissait en effet de recueillir leur avis sur le déclenchement de l’interdiction de circuler aux véhicules Crit’Air 3 (immatriculés entre janvier 2006 et décembre 2010 pour les modèles diesel, ou entre janvier 1997 et décembre 2005 pour l’essence) dans la Zone à faibles émissions, prévue pour le 1er janvier 2025. Une bagatelle, concernant directement 1,2 million de propriétaires de voitures et utilitaires Crit’Air 3, 4, 5 et NC !
Mais l’enquête a été réalisée avec une telle discrétion que donc, seules 1 752 contributions ont été enregistrées. Médiatisation quasi nulle également pour la Synthèse globale, publiée quelques semaines plus tard. On aurait difficilement pu faire pire.
À cette déconfiture s’ajoute le verdict, désastreux pour la Métropole, des participants : 94 % ont exprimé un avis défavorable. Et seulement 2 % se déclarent en faveur de la ZFE (4 % s’avèrent « neutres ou ambivalents »).
Ce raz-de-marée d’opposants, les dirigeants de la ZFE ont pourtant décidé de l’ignorer superbement. « Ce rapport réalise la synthèse des avis exprimés de façon spontanée par des contributeurs, habitant ou non la Métropole du Grand Paris. Il ne constitue pas un sondage représentatif des usagers concernés par la ZFE métropolitaine », précise en effet le document de synthèse. Si les pourcentages récoltés avaient été inversés, sûr que les communiqués de presse se rengorgeant de la popularité de la mesure auraient plu !
Reste que des fonds publics ont été consacrés à cette consultation publique passée sous silence (la Métropole, dans son Budget primitif 2024, attribue en effet 300 000 euros de crédits à ces démarches). Le pire, c’est que la qualité du travail de synthèse est indéniable. Les contributeurs ont avancé des arguments qu’à la LDC, nous mettons depuis des années en avant : impact social et économique disproportionné, fracture territoriale accentuée, transports en commun saturés, manque d’alternatives réalistes, insuffisance des aides financières… Dommage que les dirigeants de la ZFE aient décidé de considérer ces avis comme « non-représentatifs ».
Heureusement, la Ligue de Défense des Conducteurs a extirpé la synthèse de cette consultation publique ratée des oubliettes dans lesquelles la Métropole du Grand Paris l’avait jetée. Mais les dégâts, eux, ont déjà commencé à se révéler, car depuis le 1er janvier 2025, la médiatisation des Zones à faibles émissions s’est envolée. Au siège de notre association, nous ne comptons plus les appels paniqués de conducteurs pour qui le sujet était auparavant complètement méconnu.
Et si la Métropole conduisait une deuxième consultation publique, cette fois en informant la population correctement ? Maintenant que les Français sont bien plus nombreux à avoir pris conscience des dégâts sociaux que ne manqueront pas de provoquer les ZFE, surtout lorsque le non-respect des restrictions de circulation coûtera 68 € de PV aux contrevenants ? Une promesse qu’on nous annonce pour 2026… On verrait alors si le résultat serait « représentatif ».